2009, 125e anniversaire de l'arrivée des Religieuses Hospitalières
de Saint-Joseph à Arthabaskaville



Le 31 octobre 2009, on soulignait à Victoriaville le 125e anniversaire de l'arrivée des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph à Arthabaskaville en présence de Raymond Saint-Gelais, évêque de Nicolet et de Claude Charland, directeur général du Centre de santé et de services sociaux d'Arthabaska-et-de-l'Érable.

Sœur Claire Perreault, religieuse hospitalière de St-Joseph, instigatrice de la fête, ancienne directrice générale de L'Hôtel-Dieu d'Arthabaska, nous raconte l'histoire de cette congrégation qui a fait du bien, par les soins prodigués, à beaucoup de monde dans les Bois-Francs. Nous remercions madame Hélène Girard, infirmière à la retraite, ancienne directrice de la Fondation de l'Hôtel-Dieu, membre du conseil d'administration de la Société, d'avoir fait le lien entre le comité organisateur et nous pour permettre la diffusion de ce texte.

" Quand on sait d'où l'on vient, on comprend mieux où l'on va… "


" Quand on sait d'où l'on vient, on comprend mieux où l'on va… ", c'est un vieil adage qui nous le rappelle. Nous venons, pour la plupart, de la belle région des Bois-Francs et aussi pour beaucoup d'entre nous, nous sommes ou nous avons été de l'Hôtel Dieu d'Artbabaska ou du Centre de santé et de services sociaux d'Arthabaska et de l'Érable. Mais où allons-nous? À chacun de répondre dans son cœur.

Hotel Dieu
J.-A. Quesnel, promoteur de la
fondation de l'Hôtel-Dieu
d'Arthabaska
Parlons un peu d'histoire si nous voulons nous souvenir. Monsieur J.-A. Quesnel est le promoteur de la fondation de l'Hôtel-Dieu d'Arthabaska. Au printemps de 1882, il soumet au curé de sa paroisse, Monsieur l'abbé J.N. Héroux, la question de l'établissement d'un hôpital au village d'Arthabaskaville.

Ce prêtre approuve le projet immédiatement. Son jeune vicaire d'alors, devenu Mgr Onil Milot, curé de Victoriaville, nous raconte comment son curé lui fait part de cette question, certain soir d'été de 1882. " Monsieur le curé, d'un air mystérieux, invite son vicaire à l'accompagner pour une promenade dans l'Avenue des Érables. Après quelques minutes de marche plutôt silencieuse, soudain monsieur le curé s'arrête et se tournant vers la montagne : " Que diriez-vous, monsieur le vicaire, si dans quelque temps vous voyiez quelque part dans le versant de cette montagne, une résidence pour abriter les pauvres et les malades? " Surprise du vicaire qui manifeste aussi son approbation.- " Bien oui, reprit le curé, nous verrons ici, dans un avenir rapproché, un monastère et des religieuses chargées du soin des malades et des pauvres, et cet établissement sera dû à l'initiative charitable de monsieur le shérif Quesnel, à qui j'ai promis mon appui près de l'autorité religieuse. "

Une requête positive des principaux citoyens d'Arthabaskaville est adressée à Mère St-Louis, supérieure à l'Hôtel-Dieu de Montréal. C'est ainsi que sous les auspices de saint Joseph, mercredi, le 11 août 1884, Mère St-Louis et l'ex-Mère Bonneau franchissent l'antique cloître de leur Hôtel-Dieu et se dirigent vers Saint-Christophe d'Arthabaska.

L'écran familial recèle un souvenir de cette visite :la cime de nos montagnes la plus en évidence, en face du présent Hôtel-Dieu, aurait été nommée par Mère Saint-Louis, Mont Saint-Michel, nom qui prévaut encore aujourd'hui grâce à l'initiative du maire, monsieur Roger Richard et de son Conseil.

Monsieur Quesnel s'empresse de conduire les visiteuses à la résidence qu'il leur a offerte, puis sur les différents terrains, jardin, verger en question. Le lendemain, 12 août 1884, les héritiers de Dame Marie Mélanie Quesnel signent un acte de renonciation garantissant aux Religieuses l'acquisition et la jouissance de l'établissement d'une Maison de charité. C'est ainsi que Monseigneur Laflèche, évêque de Trois-Rivières acquiesce au projet de fondation. Le dit contrat est dûment signé par les parties intéressées devant Me J.N. Durand.

La communauté de Montréal a le devoir de nommer ses sœurs missionnaires qui puissent établir, sur des bases solides, les principes régulateurs qui font de leur antique monastère le sanctuaire des pauvres et des malades. Le choix du conseil de la communauté de Montréal, guidé par l'Esprit-Saint, désigne Mère Marie Pagé comme supérieure, religieuse au cœur plein de juvénile ardeur malgré ses soixante-treize ans bientôt révolus. On lui adjoint pour compagnes des sujets largement doués et loin d'en être à leur début dans la montée de la croix : Sœur Eulalie Quesnel, ex-supérieure de la Maison de Saint-Basile de Madawaska et sœur de monsieur J.A. Quesnel, est nommée assistante; Sœur Marie du Crucifix (Diane Dufresne), hospitalière en chef, Sœur Georgiana Beauchamp, dépositaire et Sœur Adeline (Rose-de-Lima Jolicoeur) aux travaux manuels.
Hotel Dieu
Mère Marie Pagé, fondatrice de l'Hôtel-
Dieu d'Arthabaska, 2 octobre 1884.

Sacrifices et abnégation! Mère Pagé en a réellement savouré la divine amertume. La liberté qu'on lui laisse d'accepter ou de refuser de poursuivre son engagement, la fait s'incliner devant la volonté de Dieu manifestée par le suffrage de ses filles au 3 septembre 1887. Elle restera au poste périlleux du devoir.

Dans le but d'aider les sœurs d'Arthabaska à tenir le coup, sœurs Beauchamp et Montbleau, en compagnie de sœur Pétronille, inaugurent les quêtes paroissiales. Plus tard, des sœurs tourières ayant été reçues au noviciat, ces quêtes deviennent leur partage exclusif et représentent annuellement la contribution individuelle de chaque paroisse du comté pour le soutien des pauvres hospitalisés à l'Hôtel-Dieu.

Pour achever l'esquisse par trop incomplète des difficultés et des épreuves du supériorat de Mère Pagé, il nous faut accepter que la communauté d'Arthabaska eut à subir les conséquences d'une pauvreté trop intense.

En octobre, redoutant un procès avec les banques, nous retrouvons, chez Mère Marie Pagé, toujours le même abandon, la même humilité. Elle écrit à Mère Bonneau : " … Qu'allons-nous faire avec un si petit nombre d'ouvrières et tant d'ouvrage? C'est le secret de Dieu; à chaque jour suffit sa peine… "

Durant ces six années de 1884 à 1890, la fondatrice Mère Marie Pagé aura reçu quatre novices à la vêture d'abord puis à la profession religieuse.

Merci au bon Dieu qui daigna donner à notre maison une telle religieuse pour fondatrice. Oui, Dieu ne voulut une " Mère Pagé septuagénaire " pour asseoir notre fondation que pour y démontrer plus et mieux la touche de son doigt divin.

Le 24 juillet 1890, Mère Montbleau est élue supérieure, en remplacement de Mère Pagé. Ayant rempli l'office de dépositaire depuis septembre 1888, elle connaît par conséquent l'état des affaires temporelles de l'Hôtel-Dieu. Douée, par ailleurs, d'un caractère intrépide, son indomptable énergie, une fois lancée à la poursuite d'un bien espéré, ne saura rendre les armes que si les obstacles à vaincre s'avèrent positivement.

En 1890, la liste des offices d'alors donne un total de 15 religieuses, dont huit sœurs de chœur, cinq sœurs aux travaux manuels, une sœur tourière et une postulante choriste. De ces quinze religieuses, il reste quatre des fondatrices de 1884. Ce personnel est affecté aux soins des vieillards, pensionnaires et malades des deux salles communes, soit la salle Ste-Vierge et la salle St-Joseph. Elles sont à la fois pharmacienne, secrétaire, sacristine, dépositaire, cuisinière, buandière, cordonnière; elles assurent la fabrication des cierges et des hosties, l'entretien du linge des Frères du Sacré-Cœur, du chapelain, des fondateurs et des membres de sa famille, l'élevage des volailles et des abeilles, etc.

Il s'ensuit une série d'événements propres à décourager les plus forts. Mais notre Mère Montbleau garde espoir envers et contre tout. Les choses finissent par s'expliquer. Et le 30 septembre 1892, le contrat de vente est passé entre madame veuve A. Labrecque et la communauté d'Arthabaska. Monseigneur Gravel, évêque du diocèse de Nicolet, est fier de l'arrangement conclu.

Hotel Dieu
L'Hôtel-Dieu à ses débuts. À l'avant-plan, la résidence qui accueillit
les religieuses hospitalières de Saint-Joseph à leur arrivée.
L'Hôtel-Dieu entre dans une ère nouvelle, au dire de Monseigneur lui-même qui, donnant permission à Mère Montbleau de demander le Père Proteau pour prêcher une retraite aux sœurs, ajoute : " … afin qu'elles puissent oublier un peu le passé et fixer vers l'avenir des regards pleins de paix et d'espoir en la Providence. "

Pour sa part, la fondatrice, Mère Pagé, de sa cellule d'infirmerie, où la maladie la confine depuis son retour à l'Hôtel-Dieu de Montréal, ne cesse de prier et de souffrir à chaque tribulation nouvelle qui frappe l'œuvre dernière de sa vieillesse.

Le 3 janvier 1893, le bon Dieu rappelle à lui sa fidèle épouse qui, à l'âge de quatre-vingt-un ans , peut lui présenter les œuvres de cinquante-huit ans, neuf mois et vingt-et-un jour de vie religieuse dont la majeure partie, passée dans les charges de supérieure et de maîtresse des novices.

Que sont alors devenues les co-fondatrices de Mère Marie Pagé? L'annaliste du temps nous apprend que " … toutes considérations pesées au poids du sanctuaire, l'évêque de Nicolet accorde une première obédience aux chères Sœurs Quesnel et Beauchamp qui, le 10 novembre 1909, quittent toutes deux le théâtre où elles ont lutté et souffert. Ainsi commencent ces migrations vers la Maison mère, lesquelles, en moins de deux ans, y ramènent toutes les sœurs fondatrices. "

Et pour nous, le petit reste de Sœurs hospitalières de St-Joseph, qui avons suivi la trace de nos devancières, quel héritage avons-nous reçu? Le plus beau, le plus grand dont nous n'avions jamais rêvé : celui de soigner les pauvres et les malades de chez-nous, de notre région. Les annales communautaires qui nous transmettent le courage et surtout le bonheur s'écrivent toujours pour les ans à venir.

Claire Perreault, r.h.s.j
Octobre 2009