Histoire du meuble
Note : La documentation qui suit est un abrégé du livre Histoire du meuble à Victoriaville, par Carolle Plamondon. Pour une référence complète, consultez le livre qui est disponible auprès de la Société d'histoire et de généalogie de Victoriaville.
LES DÉBUTS DE L'ÈRE INDUSTRIELLE (1854-1894)
C’est l’arrivée du train,
en 1854, qui détermine l’influence dominante
sur le développement de la région des Bois-Francs.
Le tracé ferroviaire passe en pleine campagne, à
6 kilomètres du village d’Arthabaska, qui est
alors le centre des activités sociales, juridiques
et commerciales. Une gare est construite sur ce trajet pour
accommoder les voyageurs et entreposer les marchandises.
Ce dépôt portera le nom d’Arthabaska
Station jusqu’en 1905.
Une nouvelle agglomération se forme
autour de la gare où se déroulent de nombreuses
transactions. En 1861, on assiste à la naissance
du village de Victoriaville qui devient le grand centre
commercial de la région. En 1890, le village compte
1 000 habitants et devient ville. Avec le développement
urbain, on voit apparaître les premières industries
: tanneries, forges, selleries, fonderies, boulangeries,
etc. L’industrialisation favorise ensuite le développement
urbain en provoquant le regroupement des travailleurs. Les
entreprises drainent vers la ville une partie du surplus
de la population des campagnes qui vient des paroisses environnantes.
De 1871 à 1921, la population de Victoriaville augmente
de 150 %. C’est d’ailleurs près de la
gare que se construisent les premières industries
du meuble de la région.
Considérant l’abondance de
nos forêts, l’exploitation et la transformation
du bois constituent une importante industrie dans notre
région. Les chantiers et les scieries se multiplient
sur le territoire et fournissent du bois franc à
la Grande Bretagne, aux États-Unis et partout au
Canada. De plus, le bois est grandement réclamé
pour la construction domiciliaire en cette période
d’urbanisation croissante. La fabrication de meubles
devient donc une suite logique dans un processus de transformation
de ce produit caractéristique de notre région.
La figure de proue de cette nouvelle ère
est la Manufacture de meubles de Victoriaville qui devient
par la suite Victoriaville Furniture Company Limited. Fondée
en 1894, cette manufacture fonctionne pendant près de 100 ans.
DESCRIPTION DES ENTREPRISES
MANUFACTURE DE MEUBLES DE
VICTORIAVILLE
OU VICTORIAVILLE FURNITURE CO.
La Manufacture de meubles de Victoriaville
est fondée en 1894 par Paul Tourigny, Désiré
Olivier Bourbeau (premier président) et Cyrias Thibault.
En plus de ces trois fondateurs, le conseil d’administration
se compose de Joseph Éna Auger, Zéphirin Auger,
Pierre dit H.H. Guay, Joseph Octave Bourbeau, Léon
Maheu et J.N. Poirier (notaire). À l'exception de
ce dernier, tous sont des marchands importants de la municipalité.
La bâtisse est construite sur un terrain acheté
d' Eugène Crépeau, sur le lot 11 du rang 3,
en plein centre du village, face à la gare. À
cette époque, il s’agissait d’un petit
atelier artisanal où près de 25 ouvriers produisent
3 ou 4 ensembles de chambre à coucher par semaine.
De l’humble boutique des débuts, en 1910, l’usine
occupe 75 000 pieds de plancher et emploie 120 ouvriers
sur une base régulière. En 1913, l’usine
occupe une bâtisse de trois étages et dispose
d’un outillage parfaitement adapté aux nouveaux
besoins de production. On y fabrique des bureaux à
toilette, des tables et buffets avec dessus en chêne.
Les cours à bois de ses deux moulins à scie contiennent
habituellement 2 000 000 de pieds de bois brut. À
cela s’ajoute 1 500 000 pieds de bois pour approvisionner
directement la production. On y consomme 3 000 000 pieds
de bois annuellement.
La première
mise de fonds s’élevait à 10 000 $ sous
forme d’actions émises à raison de 50$
chacune. Le conseil municipal accorde une exemption de taxes
pour vingt ans. En 1903, J.E. Alain (gérant) publie
un avis de dividendes de 10 % sur le capital. La ville souscrit
alors 20 000 $ d’actions à la compagnie. En
1912, le capital social s’élève à
60 000 $. En 1913, son chiffre d’affaires monte à
près de 225 000 $.
Ayant changé de nom en 1903 pour Victoriaville Furniture Co. l’entreprise
est devenue rapidement l’industrie la plus prospère
de la région et la plus grande fabrique de meubles
au Canada. Toutefois ce succès ne dura pas. Déjà
en 1915, suite à des difficultés financières,
Paul Tourigny injecte 11 000 $ dans la compagnie, contre
une garantie hypothécaire sur toutes les propriétés
de l’entreprise incluant douze terres et autres actifs
dans d’autres municipalités. Six jours après
cette transaction, la compagnie obtient un prêt de
100 000 $ de la Banque Molson contre une garantie personnelle
de quatre des administrateurs. Le 18 février 1919,
la compagnie de Victoriaville est liquidée et cède
ses actifs à Paul Tourigny.
Toutefois, ce n’est pas encore la fin de cette entreprise. L’usine rachetée
repart sous une nouvelle appellation : Victoriaville Furniture
Company Limited et peut poursuivre ses activités.
Grâce à cette intervention, on entreprend un
second périple avec une nouvelle administration et
un nouveau propriétaire en 1920.
Joseph-Édouard Alain, alors gérant, fait appel à un ami de
Québec, Georges Cantin, qui, avec un groupe de fabriquants
de meubles achètent l’entreprise. En 1926,
J.Édouard Alain accède à la présidence
et choisit ses deux fils, Fidèle-Édouard et
Jacques-R. pour compléter le bureau de direction
de la société. En 1940, la famille Alain devient
propriétaire unique de la compagnie.
De 1920 à 1941, tout en maintenant un certain niveau de production,
l’entreprise réussit à traverser la
crise économique de 1929, contrairement à
plusieurs compétiteurs qui cessent leurs opérations.
En 1942, grâce à l’économie de
guerre, l’entreprise peut bénéficier
d’une ressource inespérée qui favorise
le maintien de la main-d’œuvre active. En effet,
la direction met en place une division de fabrication de
parties d’aéronef pour l’Aviation Royale
Canadienne. Fait à remarquer, pendant toute la période
de la guerre et quelques années après, la
compagnie doit expédier ses meubles sans miroirs
ni poignées, ces éléments n’étant
pas disponibles sur le marché.
En 1948, une grève paralyse la production
pendant trois mois. Une ligne de piquetage est dressée
et tout accès à la propriété
interdit. Cette mesure s’avère efficace et
permet d’éviter le vandalisme essuyé
ailleurs.
Pendant les années "1950",
on diversifie la production en ajoutant des cabinets de
radio et de moulins à coudre.
En 1960, J.Édouard Alain décide
de se retirer, remettant la direction à ses deux
fils : Fidèle-Édouard et Jacques-R.
En 1962, quelques membres de la direction
et des contremaîtres quittent l’entreprise pour
s’investir dans une autre usine, affectant temporairement
la bonne marche des opérations. En 1963, les actionnaires
(membres de la famille Alain) manifestent le désir
de se retirer des affaires et mandatent la Maison Jacques
Mélançon & Associés pour liquider
les actifs de la compagnie. La valeur des parts sociales
s’élève alors à 650 000 $.