Arthabaska Victoriaville-Les débuts
(Les textes sont de Carolle Plamondon pour: Société d’histoire et de généalogie de Victoriaville, janvier 2006.)
PORTRAIT DE VICTORIAVILLE AVANT 1894
Canton d’Arthabaska, région
des Bois-francs
Sous le régime anglais, à partir de 1760, les territoires
en deçà des seigneuries, au sud du fleuve
Saint-Laurent sont découpés en cantons. Ce
sont des zones rectangulaires de neuf milles de front sur
douze milles de profondeur, tracées à partir
des rivières navigables ou adossées à
des cantons avoisinants. Les rivières Bultstode et
Nicolet qui coulent dans le territoire, n’étant
pas navigables, le canton d’Arthabaska prit plutôt
une forme triangulaire, entre les cantons de Stanfold, Somerset,
Halifax, Cherster, Warwick et Bulstrode. Stanfold deviendra
plus tard Princeville ; Somerset, Plessisille et Bulstrode,
Saint-Valère.
C’est John Gregory, marchand trafiquant
de fourrures, qui s’appropria ce territoire en 1802
pour en faire la spéculation et vendre les lots à
gros prix aux colons intéressés. Les Abénakis,
originaires du Vermont et du Maine, recueillis par les français
qu’ils avaient secondés dans leurs guerres,
s’étaient déjà familiarisés
avec cette région qu’eux-mêmes nommaient
Arthabaska ou Awabaska, en raison de ses savanes et marécages.
Arthabaska signifie région de joncs et de roseaux.
Fascinés par cette fantastique forêt
de feuillus qui couvre le secteur et composée de
hêtres, d’érables de merisiers, de chênes
et d’ormes, les premiers chasseurs canadiens qui accompagnaient
les indiens lors de leurs pérégrinations dans
ce territoire de chasse, ont tôt fait de nommer la
région << de Bois-Francs>>.
Lents débuts de colonisation
Près du fleuve, on dénonce
une surpopulation des terres cultivables, l’épuisement
des sols et l’appauvrissement des paysans. Suite à
quelques incursions et à cause du besoin de nouvelles
terres à exploiter, ces forêts apparaissent
aux yeux des chasseurs québécois comme des
sites intéressants pour l’avenir.
Le développement de la région
des Bois-Francs s’est réalisé lentement,
à partir de 1825, faute de voies de communication
et de moyens de transport. Les premiers venus devaient franchir
à pied la savane de Stanfold qui les séparait
des anciennes seigneuries. Ils construisirent, à
leurs propres frais, des chemins de fortune où périrent
nombre de chevaux et bêtes de bétail, comme
le décrit C.É Mailhot. Les premiers colons
étaient originaires de Bécancour, Gentilly,
Saint-Pierre-les-Becquets et Saint-Grégoire.
Le chemin provincial
Il fallut attendre 1844 pour assister à la construction
du <<Chemin provincial>>, par le gouvernement,
qui alors reliait le territoire du Canton d’Arthabaska
aux paroisses le long du fleuve, en passant par Saint-Norbert
et Princeville (Stanfold). Toutefois à cause de la
piètre condition de cette nouvelle route, la population
d’ici demeurait à l‘écart des
activités économiques qui se déroulaient
dans les grands centres comme Montréal et Québec,
au milieu du XIXe siècle. En effet, les conditions
du sol rendaient les routes impraticables pour une bonne
partie de l’année. De même, les coûts
exorbitants du transport par diligence et les restrictions
sur le volume des marchandises limitaient grandement la
croissance économique régionale.
Cette route favorisa quand même l’arrivée
de nouveaux colons, tant et si bien qu’en 1851, on
assiste à l’érection canonique de la
paroisse Saint-Christophe d’Arthabaska, qui alors
compte 895 habitants répartis dans 165 familles.
L’arrivée du train
C’est l’arrivée du train,
en 1854, qui détermine l’influence dominante
sur le développement de la région. La Compagnie
du Grand Tronc bâtit cette année là
une voie ferrée reliant Richmond et Charny, réunissant
les Cantons de l’Est à Québec et à
Montréal et ouvrant la route vers les États
de la Nouvelle-Angleterre.
Le tracé du réseau ferroviaire
passait à environ 6 km. au nord-ouest du village
d’Arthabaska, en pleine campagne. Une gare fut érigée
à cet endroit pour accommoder les voyageurs et entreposer
les marchandises. Ce <<dépôt>>
porta le nom d’Arthabaska Station jusqu’au 2
août 1905.

Place de la gare. Tiré de Arthabaska,
Capitale des Bois-Francs, 1961.